Reportages sur le Mozambique
Réalisés dans le cadre du PID de l’ACDI

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La remise en question: une prémisse

Les mondes du développement, de l'humanitaire et de la coopération sont vastes et complexes. Les organisations et les individus qui oeuvrent dans ces domaines sont confrontés quotidiennement à des dilemmes éthiques et pratiques difficiles. Plusieurs se demandent si l'humanitaire intelligent existe et tentent de mieux en cerner les aspects fondamentaux. Partout, on peut lire : " l'aide au développement n'a pas atteint ses objectifs ", " la théorie du développement et les modèles qui en découlent sont actuellement en crise ", " la coopération : un tête-à-queue idéologique ".

Pour aborder ces actions, il vaut mieux, à priori, se débarrasser de tout le fatras utopiste et idéologique dont on les affuble. L'aura d'angélisme, l'autosatisfaction et les slogans sur mesure ouvrent la porte à des détournements, des contre-sens, des attitudes paternalistes et des logiques de substitution. Selon Rony Brauman, dans une entrevue accordée à Médecins Sans Frontières, c'est justement cet aura du " Bien " qui rend difficile toute réflexion critique sur l'humanitaire " parce que le " Bien " se trouve par nature en dehors de toute critique. "

" Ce qui fait la particularité de notre domaine, c'est qu'il possède par définition les attributs canoniques du " Bien ", puisqu'il est tendu vers le mieux-être, la solidarité, toutes sortes de mots sucrés et enchanteurs. […] Et donc, la réflexion critique sur l'humanitaire est difficile à faire passer, même si elle commence à exister, parce qu'elle comporte quelque chose d'un peu scandaleux. Ce scandale réside dans le risque que des critiques puissent affaiblir le " Bien ", et donc qu'elles se situent du côté du " Mal ". Voilà comment assez rapidement se trouve discréditée toute approche réflexive sur l'humanitaire. "

Pourtant, c'est à travers la remise en question permanente de ces champs d'action et la prise en compte de leurs limites et de leurs contradictions que l'on peut en saisir la substance et s'interroger avec lucidité sur ce qui peut être véritablement fait. Le monde humanitaire étant le reflet de nos sociétés, on peut y retrouver, comme ailleurs, des difficultés, des impuissances, des frustrations, des manipulations, des compromissions, etc. Certains perçoivent même l'humanitaire comme un possible cheval de Troie pour partir à la conquête de l'Afrique. La réflexion critique, trop souvent reléguée au rang de bavardage ou de parasitage intellectuel, peut au contraire permettre d'éviter de construire des tours d'ivoire et des " ghettos de la coopération ". Elle permet également de réfléchir sur les moyens qui doivent être pris pour se dépêtrer des tactiques politiques qui l'utilisent comme paravent et qui se révèlent insensibles à la vie, aux souffrances et aux malheurs des autres. D'excellents ouvrages existent pour ceux qui veulent s'initier aux enjeux de la coopération et de l'humanitaire ou pour ceux qui désirent aiguiser leur regard sur la situation. Parmi ceux-ci :

Lectures suggérées

L'empire et les nouveaux barbares, Jean-Christophe Rufin

Frontières, Sylvie Brunel

Qui a peur du tiers monde ?, J.-Y. Carfantan / C.Condamines

Populations en danger, Médecins Sans Frontières

À l'ombre des guerres justes, Médecins Sans Frontières

Les veines ouvertes de l'Amérique du Sud, Eduardo Galeano

A bed for the night, Humanitarianism in crisis, David Rieff

Des choix difficiles: les dilemmes moraux de l'humanitaire, Mary B. Anderson

 

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